Comme à chaque nouveau livre de Jean d'Ormesson, me voici impatiente de le lire… voici des courts extraits de ce qu'en dit le Figaro Littéraire:
«Lire chaque soir une page de Jean d'Ormesson: dans ce temps de crise, c'est le seul remède. Les médecins devraient le prescrire aux Français qui n'ont plus le moral.
Qu'ai-je donc fait est le récit d'une trajectoire: de sa naissance (et même avant, puisque chacun, selon lui, s'inscrit dans la nuit des temps), jusqu'à un âge qui n'a rien entamé – ni l'éclat de ses yeux bleus, ni sa passion de lire et d'écrire, ni son humour. Par étapes essentielles, il retrace son itinéraire, y cherchant le pourquoi, le comment, et même l à quoi bon de sa vie. «J'écris pour y voir un peu clair et pour ne pas mourir de honte sous les sables de l'oubli.» Sujet grave en somme, sinon sérieux, sujet à étreindre le cœur, à faire monter l'angoisse, mais que Jean d'Ormesson traite à sa manière, sans se départir de la légèreté de ton et d'allure qui fait sa légende de grand écrivain, à contre-courant des psychoses, névroses et autres sinistroses dont notre époque est si gourmande…
Confession d'un enfant du siècle ou testament d'un écrivain qui s'est toujours interrogé sur lui-même, y compris sur ses dons et sur son talent, sur sa place parmi les plus grande, ce livres a un côté émouvant et un côté provocant. Emouvant, parce que Jean d'Ormesson se considère à la fin du voyage, ces voyages qu'il a tant aimés au cours de sa vie. Provocant, parce qu'il ne se renie pas, qu'il assume ses fautes et, provocation des provocations; n'en demande aucun pardon…
Tout au long de cette lecture qui donne des ailes, on se dit que Jean d'Ormesson est décidément irremplaçable. Il reste à part…»
Jean d'Ormesson au Rwanda, un touriste ravi.
Impossible d'y échapper. Jean d'Ormesson vient de sortir un livre, il est inévitable dans les médias français : Le Grand Journal (Canal +), Salut les Terriens (Canal +), On n'est pas couché (France 2), Vivement Dimanche (France 2), Le fou du roi (France Inter)... Dominique Bona a écrit dans Le Figaro du 09 octobre 2008 «Lire chaque soir une page de Jean d'Ormesson : dans ce temps de crise, c'est le seul remède. Les médecins devraient le prescrire aux Français qui n'ont plus le moral. Les banquiers déprimés, les patrons anxieux et les boursicoteurs mélancoliques retrouveraient leur bonne humeur. L'effet en est immédiat. On est aussitôt requinqué, tonifié et prêt à chanter avec lui que « la vie est belle » - l'une de ses phrases préférées, mais aussi le titre d'un des plus beaux chapitres de son nouveau livre. »
Pourtant, chaque fois que je tombe sur lui, je me sens mal, et je n'ai pas envie de chanter que « la vie est belle ». Un jour un ami surpris me demanda pourquoi je ne le supportais pas, pour lui il n'était qu'un inoffensif vieil homme cabotin et narcissique. Peu de Français le savent mais Jean d'Ormesson est plus que cela. Il est un pionnier. A l'heure où les premiers touristes de l'espace cherchent des sponsors pour se payer leur rêve, Jean d'Ormesson a été il y a quatorze ans, le premier touriste à aller voir un génocide de ses propres yeux. C'est sponsorisé par Le Figaro qu'il est parti au Rwanda en juillet 1994, escorté de sa «nounou», le lieutenant-colonel Bolelli [1] afin de ne pas manquer le dernier génocide du XXème siècle : l'extermination des Tutsi du Rwanda. Personne ne saura comment cet écrivain a pu convaincre Le Figaro de rejoindre au Rwanda comme «envoyé spécial» les trois grands reporters chevronnés, Patrick de St Exupéry, François Luizet et Renaud Girard que le journal avait déjà sur place.
A 69 ans Jean d'Ormesson découvrait le Rwanda. Il en a rapporté trois articles publiés les 19, 20 et 21 juillet 1994 dans Le Figaro. Jean d'Ormesson de l'académie française n'épargne pas ses lecteurs de toutes les inepties sur les Rwandais et sur le Rwanda que vraisemblablement le service d'information de l'armée française (SIRPA) lui a gentiment fourni :
«les Tutsis parlent anglais et swahili. Les Tutsis seraient grands, élégants, rapides, organisés. Les Hutus seraient petits et moins bien physiquement. Il n'est pas impossible que les Tutsis aient des origines nilotiques. Ils rappellent à certains égards le type égyptien. On a pu dire que les Tutsis jouaient le rôle des Israéliens et les Hutus, celui des Palestiniens. On a même avancé, avec un peu trop de subtilité, que les Hutus ne veulent pas tuer - mais qu'ils tuent; et que les Tutsis veulent tuer - mais qu'ils se contrôlent.
«Un pas de plus et on passe à la conviction que le FPR, mélange de fascisme, de marxisme et de Khmers rouges, est tout simplement l'ennemi.»
«S'il faut tirer une leçon du Rwanda, c'est que les hommes sont tous coupables et qu'ils sont tous innocents.»
Malheureusement Jean d'Ormesson ne s'est pas arrêté au ridicule de ces lignes. L'insupportable a suivi. Lorsque je détourne mon regard de cet écrivain, c'est parce que je n'oublie pas les miens exterminés au Rwanda et que, Jean d'Ormesson de l'académie française, apparemment tout excité par son expérience de premier touriste du génocide, les a gravement insultés en écrivant ceci :
«Sortez vos mouchoirs :il va y avoir des larmes. Ames sensibles s'abstenir : le sang va couler à flot sous les coups de machette.»
«Partout, dans les villes,dans les villages, dans les collines, dans la forêt et dans les vallées, le long des rives ravissantes du lac Kivu, le sang a coulé à flots - et coule sans doute encore. Ce sont des massacres grandioses dans des paysages sublimes.»
Des massacres grandioses dans des paysages sublimes... le touriste Jean d'Ormesson a été comblé. Et en plus il a eu beau temps.
Les trois articles de Jean d'Ormesson :
J'ai vu le malheur en marche. Le Figaro, 19 juillet 1994.
La drôle d'odeur de l'église de Kibuye. Le Figaro, 20 juillet 1994.
Partir, c'est mourir beaucoup ... Le Figaro, 21 juillet 1994.
Lire également l'article « Ah oui ! Les Tutsi du Rwanda ! Ces gens qui utilisent le génocide pour justifier leur propre cruauté» de Boubacar Boris Diop paru dans le Quotidien de Dakar et repris par Courrier International le 9 avril 2004.
[1] Ma nounou est colonel. Avec une efficacité, une patience, une amitié merveilleuse, le lieutenant-colonel Bolelli ne s'est pas contenté de me couvrir de chandails et de parkas, car il fait froid la nuit sous l'équateur à 1500 mètres d'altitude. Jean d'Ormesson, Le Figaro, 21 juillet 1994.
Nota : La «nounou» de Jean d'Ormesson est une figure des services de renseignement français. Le lieutenant-colonel Didier Bolelli est aujourd'hui général de division, il fut le responsable des opérations de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) . Depuis le 18 juin 2008 il est directeur de la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense), l' ancienne sécurité militaire.
Rédigé par: Kagatama | 22 octobre 2008 à 09:57