J’ai terminé la lecture de ce livre très agréable. Je m’y suis amusée, j’ai été émue, j’ai regretté de tourner la dernière page. Que demander de plus à un livre ?
Voici quelques extraits choisis pour vous. Bonne lecture !
Page 254 – Un voyage en entraîne toujours un autre, comme le découvrent les gens qui s’expatrient. L’œil, comme disait Gauguin, est toujours « insatiable et en rut » et tant pis pour le reste…
La communauté à laquelle je me suis attachée – connue pour ses ateliers et boutiques – ne perd pas de temps en théories ou en maîtres. Personne n’oserait se croire artiste. Chacun vit dans sa maison des bois ou de la côte et fait ce qu’il a à faire, sans s’occuper des modes et des canons.
On me dit que je fais toujours la même chose mais: le moyen de faire autrement ? Je suis habitée par des formes et des fantômes qui réclament l’existence…
Page 255 - …tous contenaient des ondes lumineuses, d’impalpables secrets qu’il fallait respecter faute de pouvoir les entendre. Des lambeaux d’êtres, obscurs et voraces, s’y suspendaient, des larves, des ectoplasmes qui, pour être invisibles, n’en étaient pas moins forts ou moins avides d’exister. Tout avait un sens: l’araignée du soir, la vipère coulant sur le chemin, un chien qui gémit, la main levée du curé, le nombre des pas, une romanichelle sur la route. Elles n’en livraient jamais le résultat brut mais laissaient bruire le mystère rampant. Un archange passait, dans un battement d’ailes.
Page 256 – Que diraient-elles de moi, ces femmes qui avaient voulu que je me case vite et bien ? « Fonce. Cavale. Prends, Pousse. Glane, Sème. Brasse. C’est là que ça se passe, mémés, dans ces embranchements de forces peut-être maléfiques, je m’en fous », je leur dis quand je m’adresse à mes absentes. Car c’est d’elles que je descends, sans pareilles pour ronger l’os et gratter la terre. Nous sommes couchées l’une sur l’autre, mes grands-mères, ma mère et moi. Nous sommes couchées l’une dans l’autre. « Que vas-tu devenir ? »
page 257 - …La meilleure école et le seul maître restent encore les leçons du paysage – de larges bandes de pigments ocre orangé et toutes les profondeurs du bleu. Je comprends à leur contact que l’alchimie des couleurs puisse combler, que tout se résolve, les interrogations, les doutes, dans ces modulations prismatiques. Et qu’à la base des mythes qui nous forment se trouve toujours un pays, ou plutôt un paysage.
Page. 258 – Certains jours, les choses ne viennent pas, rien ne prend ni ne monte, il faut les tirer d’un fond gris et gluant ou bien les laisser s’enfoncer et se perdre dans la vase. Je suis celle qui ne vend rien.
Page 259 – J’ai abandonné mes rêves de gloire et de forme idéale… Je suis devenue, la quarantaine passée, mon propre « work in progress ». L’éloignement incite à la conservation des souvenirs et des traces.
Page 260 - … je me sens portée par une étrange trajectoire. Combien est fragile le lien qui conduit d’un point à un autre et combien d’entre nous se sont arrêtés, lestés par le poids de leur vie et de leurs préoccupations.
Page 265 – L’artiste incorrigible cherche des pointes et des promontoires, des lieux accidentés, des côtes découpées, des nuages pommelés cernés de mauve et gris, pour prendre son envol, pinceaux aux manches comme Icare a ses ailes. Je ne parle pas de rêves ou d’ambitions, ce genre de choses me transportaient à l’adolescence et me faisaient croire au génie, mais ce plaisir d’être assise ou accroupie, parfois léthargique, parfois dans un état de transport fiévreux, dans une pièce comme celle-là – vous voyez, ce n’est pas grand chose – entourée de papiers, de journaux et de colle, oui la peinture c’est ça, des odeurs, un ramassis de brosses et de pinceaux dans ces bocaux métalliques, une aile de poulet dans une assiette. Voici ce que ça devrait être: tout mystère évanoui, les couleurs coulant en petites rigoles autour de mes pieds, veloutant de vermillon et de jaune, les idées blanches ou noires, les jours avec et les jours sans.
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